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Le Sténopé, éloge de la lenteur

A l’ère du tout numérique, de la consommation de méga-octets à grandes rafales j’ai eu envie de passer à la vitesse inférieure et de reprendre le temps de jouer avec la lumière à travers ce procédé d’une très grande simplicité. En effet, quoi de plus dépouillé, voire archaïque qu’une chambre noire  équipée d’un trou, le sténopé ? J’ai pu essayer ce procédé voila un an, lors de l’édition 2014 du Pinhole day, journée mondiale de la photographie au sténopé dans le cadre d’un atelier proposé par Lionel de l’atelier photo argentique du CROUS de Clermont-Ferrand. Le matériel ? une cannette de soda, une aiguille, du papier photo et 8 minutes de pose… Résultat, j’ai totalement craqué pour le sténopé !

Pour réaliser les prises de vue présentées ici j’utilise une simple boite réalisée en médium dans laquelle je glisse du papier Noir et Blanc en 13×18 doté d’une sensibilité d’environ 4 isos. La focale est de 100 mm et le trou ( sténopé vendu par Sténocaméra) a un diamètre de 0.37mm, pour une ouverture résultante de F270, de quoi partir sur des temps de pose pouvant dépasser la demi-heure… Pour la mesure de la lumière j’utilise une cellule Gossen Lunasix 3 et le développement se fait dans une chimie classique. Les photos telles que présentées ici sont obtenues par un scan du négatif papier converti par logiciel. Il est aussi possible de fabriquer un appareil photo à sténopé par de la simple récupération. Personnellement j’en ai réalisé un autre dans une petite boite à chaussures équipée d’un sténopé percé dans l’aluminium de coupelles de bougies photophores et le résultat est probant !

Il peut sembler incongru, voire paradoxal de chercher à figer un instant à travers une prise de vue de plusieurs minutes, c’est pourtant ce qui me plait dans cette technique.  Évidemment il ne s’agit plus vraiment d’un instant mais bien d’un moment à imprimer sur la surface sensible. Dans ces conditions la notion de temps de pose n’a rien à voir avec la pratique habituelle de la photographie. Glaner cinq photos au cours d’une balade de deux heures, dont pratiquement un cumul d’une heure d’exposition sans possibilité d’ajustement ni aucune certitude quant au résultat nécessite une toute autre approche. Ceci permet en quelque sorte de se rendre compte que la lenteur peut apporter quelques sensations, ces dernières étant exacerbées lors du passage au révélateur délivrant enfin le négatif, instant toujours magique pour le néophyte que je suis encore.

Selon moi, la photo numérique, désormais traditionnelle, n’est pas en opposition avec la pratique du sténopé, bien au contraire, ces deux manières de capter la lumière sont parfaitement complémentaires et répondent en tout point à mes aspirations, selon mes envies, le sujet et le moment. D’un côté les grandes ouvertures, l’accès à des sensibilités élevées pour obtenir des vitesses qui le sont tout autant, et de l’autre une ouverture minimale, ouvrant le champ à de grandes profondeurs, la très faible sensibilité du support, formant un couple patient permettant des vitesses qui n’en sont plus vraiment…

Bonne visite, en espérant que vous y trouverez un intérêt, au point peut être d’avoir envie d’essayer le sténopé, et évidemment de l’adopter !

Bruno Courteix.

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